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    Porte ouverte

     
     
    Prise entre deux univers
    Jamais l'un, jamais l'autre
    Immobile et mouvante
    Je crie, je craque
     
     
    Présence invisible
    Touchée sans émotion
    Usée jusqu'à l'âme
    J'hurle, je claque
     
     
    Négligée de tous
    Oubliée du monde
    Coincée éternellement
    Je pleure, je grince
     
     
    Rien à craindre
    Jamais je ne sortirai de mes gonds
     
     

    La Framboise et La Souris

        
     
          Il était une fois une jolie petite souris au long poil gris, lisse et soyeux avec de jolies petites moustaches blanches comme la neige. Malgré son apparence fort attirante, notre petite souris était souvent seul. Elle ne se sentait pas comme les autres rongeurs de son espèce et étant mal a l'aise en leur présence, elle préferait donc vivre en retrait sous un grand chêne de la forêt. Mais il lui arrivait souvent de se sentir seule. Ô combien elle aimerait trouver quelqu'un a qui parler, une souris comme elle ou seulement une branche, une noisette ou un oiseau qui pourrait la comprendre et l'écouter. Mais pour l'instant, elle vivait en solitaire.
     
            Un beau jour de printemp où elle vagabondait bien tranquillement dans les sous-bois, notre jolie souris sentit une petite pression sous sa patte droite. Elle retira vivement son pied, juste à temps pour voire sortir du sol une mince tige verte d'où s'allongea une minuscule fleur aussi blanche que ses moustaches. Surprise de cette soudaine apparition, la petite souris s'approcha prudamment du plan fraîchement poussé. Elle le trouva si charmant qu'elle décida d'en prendre soin. Ainsi, durant les jours qui suivirent, la petite souris s'occupa avec grande attention du nouveau plant, lui apportant de belles goutes d'eau receuillies dans des coquilles de noix, poussant les branches environnantes afin de lui offrir du soleil, frottant les minuscules pétales de la minuscule fleur blanche pour qu'elle soit toujours propre et parlant avec elle toute la journée, lui disant ô combien elle était belle. Jusqu'à ce qu'une belle framboise rouge et juteuse prenne la place de la fleur. La petite souris était aux anges car la framboise discutait sans cesse avec elle, elle l'écoutait aussi et riait de ses blagues, pleurait des contes de son enfance et dansait avec elle du haut de sa tige.
     
           Mais voila qu'un beau matin, la framboise regarda la souris d'un air grave qui n'annoncait rien de bon. Inquiète, celle-ci lui demanda ce qu'il n'allait pas. Tristement, la framboise lui répondit :
     
    " Petite souris, merci d'avoir si bien pris soin de moi. J'ai adoré ta compagnie. Mais il est temps pour moi de retourner à la terre d'où je viens. J'avais peur de le quitter, peur de ce que ce changement pourrais m'apporter, peur de ce qui m'attendrais à la surface. Mais j'ai été vite rassurée. Aujourd'hui, je doit repartir vers ce sol qui ma nourrit, qui ne m'a jamais quitté, qui a soutenu mes racines même lorsque j'était avec toi. Cette terre me manque. Tu me manqueras aussi."
     
           Sur ces paroles, la framboise se détacha de sa tige, sous le regard larmoyant de la souris, et s'enfonca dans le sol d'où elle était sortie. La petite souris ne compris pas, avait-elle fait quelque chose de mal, n'était-elle pas digne de cette magnifique framboise ? Puis le temps passa, et peu à peu la framboise s'estompa de l'esprit assombri de la jeune souris, cachée sous les feuilles dorées d'automne, recrocquevillée sous son chêne tout l'hiver. Il lui arrivait parfois de discuter avec une branche, une noisette ou un oiseau qui passait, mais jamais la souris n'oublia sa framboise.
     
           Et le printemps suivant, alors que notre petite souris gambadait joyeusement dans les sous-bois, elle apercue au loin une mince tige verte d'où s'étirait une minuscule fleur aussi blanche que ses moustaches. La jolie souris souri d'un air nostalgique. Sa framboise était de retour, du moins, pour cette saison.
     
     

    Nuit dérisoire

     
     
    Fuir, toujours fuir, comme une bête, comme un fauve, la queue entre les jambes, fuir la solitude de la nuit, car que faire d'autre que voir sa solitude, la nuit, seul dans la noirceur, seul dans le tourbillon de son esprit, seul avec sa solitude, alors que faire, seulement fuir, toujours fuir, jusqu'à ne plus savoir qui l'on est, où l'on va, et en espérant avec ferveur oublier pourquoi l'on fuit, simplement fuir, comme un lâche, comme un faible, comme un bâtard, bâtards que nous sommes, bâtard que je suis, fuyant ma vie, fuyant ma tête, fuyant mon corps et mon coeur de bâtard, désirant fiévreusement ne plus devoir fuir, trouver le courage de faire face, de se battre, se battre contre cette solitude opressante, se battre contre la noirceur de la nuit, se battre contre cette vie, cette tête, ce corps et ce coeur de bâtard, se battre jusqu'à en mourir, se battre jusqu'à comprendre, se battre jusqu'à accepter la solitude, accepter la nuit, se battre pour ne plus fuir, plus jamais, se battre pour ne plus se battre, pour ne plus ignorer, pour oublier de ne plus oublier, ne plus oublier que l'oubli est la fuite, lâche et faible, bâtard, comprendre, seulement comprendre, ne plus seulement croire que l'on comprend, vivre, ne plus seulement imaginer que l'on vit, choisir de comprendre et de vivre, choisir d'accepter et d'aller plus loin, loin de la fuite, très loin de la fuite et de l'oubli, très loin d'une vie, d'une tête, d'un corps et d'un coeur de bâtard, retrouver le guerrier, retrouver la force de se battre jusqu'à la mort, encore et encore, ne jamais cesser de se battre avant d'avoir trouver la fin, le vaincqueur, le courageux, le fauve de cette bataille, et laisser partir le lâche, le faible, le bâtard, le laisser partir pour ne plus jamais le laisser se battre, jamais.
     
     

    Charognes !

    Un vendredi matin, je pensais à ma vie. Et comme cela, dans l'autobus, je me suis sentie inspirée. Saurez-vous de quoi je parle !? Je vous laisse une indice...
     
     
     
    Charognes !
     
    Visqueuses excroissances, indescents espions
    Pêcheurs désireux, gourmands et folâtres
     
    Traîtres !
     
    Délateurs blasphémant sur mon visage placide
    Dénonçant l'expression de mes muscles tendus
     
    Salauds !
     
    Révelant intimes secrets à qui sait regarder
    Fuyant de honte insistante compagnie
     
    Bâtards !
     
    Miroirs de l'âme et du coeur
    Un jour, vous causerez ma perte
     

    Défaillance

    Cette nouvelle littéraire est tiré d'une ébauche que j'avais commencée il y a deux ans. Je l'ai remaniée et terminée récemment afin de la soumettre pour un concours de nouvelles au CEGEP... Vos commentaires sont appréciés, soyez le plus franc possible. Merci!
     
    Défaillance
     

          Elle semblait presque déplacée dans la blancheur de la pièce. La profondeur de ses cheveux contrastait dangereusement avec la pâleur des murs, du lit, des coussins et même avec la frêle lumière que projetait la petite lampe posée près d'elle. Elle avait l'air paisible, même sereine, comme chaque  fois qu'elle se mettait à lire. Tout paraissait calme, tempéré, presque aseptisé. Seuls le mouvement régulier de ses yeux sur les pages de son bouquin et le tic-tac constant de l'horloge au-dessus de sa tête venaient troubler la quiétude qui régnait. Soudain, son regard s'arrêta, non pas sur un passage du livre mais sur un bruit lointain qui attira son attention. Elle tendit l'oreille et attendit, attentive, pendant quelques instants. Rien. Elle replongea mollement dans son livre, sans plus. À peine trois lignes plus tard, elle se dressa de nouveau. Le bruit semblait plus fort, plus près d'elle, mais une fois de plus, il ne dura guère. Elle redescendit les yeux vers le livre ouvert posé sur ses genoux, mais ses yeux restèrent fixes et ses sens en éveil. Lorsqu'elle l'entendit encore une fois, elle bondit du lit et figea sur place, debout, au centre de la pièce. Elle le distinguait maintenant si bien. Ce qu'elle avait pris, au départ, pour de simples craquements s’avéraient être, en fait, de petits grattements. Ils étaient si près, et pourtant, elle n'arrivait pas à en identifier la source. Elle se mit à faire le tour de la pièce, longeant les murs, l'oreille tendue. Impossible de les localiser. Elle s'étendit par terre, regarda sous le lit, ouvrit tous les tiroirs mais l'origine des bruits demeurait introuvable. Pourtant, ils amplifiaient sans cesse, provenant de partout à la fois. Elle se mit à trembler, sa tête tournait, tout lui semblait confus. Puis, de nouveaux sons s'ajoutèrent aux précédents : des cris. De tout petits cris, aigus, stridents, courts. Elle comprit. C'était des souris. Des milliers de souris. Elle savait. Elles ne la laisseraient jamais tranquille. Jamais. Elle devait les trouver et les tuer, toutes, à tout prix. Elle fût prise d'une soudaine agitation. Elle se mit à marcher de long en large, remuant les bras dans tous les sens, comme pour chasser un insecte qui l'importunerait. Elle tournait la tête de tous les côtés, elle semblait vouloir tout capter. Où se cachaient-elles ? Elle crut les sentir, là, derrière les coussins. Elle eu beau les lancer sur le mur, frappant, déchiquetant. Rien. Non, ce devait être le bureau. D’un coup de pied, il fût projeté sur le sol. Brisé. Rien. Les cris résonnaient dans sa tête, plus vibrants que jamais. Un hurlement. C’était le sien. Elle ne se contrôlait plus. Du tout. Puis, ce fût le matelas. Éventré. La petite lampe de chevet. Cassée. Le livre qu’elle lisait avec tant d’attention. Déchiré. Tout comme elle. Elle se mit à marteler les murs de ses petits poings, le sol de ses pieds nus. Elle pleurait, jurait, s’époumonait, suppliait de tout son corps. Elle n’en pouvait plus des cris dans ses oreilles, des grattements incessants qu’elle pouvait ressentir jusque sur sa peau. Les souris. Elles étaient partout. Le cœur dans le crâne, elle sentait le sang battre sur ses tempes, si rapidement. Elle se sentit défaillir. Plus rien.

    -         Elle recommence; appelez un médecin, vite !

    -         Quel était son diagnostic ?

    -         Psychose hallucinatoire chronique, Docteur.

    -         Passez-moi un sédatif, il faut la calmer.